Notre premier "métier"
Même sur un site de bricolage où l’on discute de comment réaliser les choses soi-même, il est fréquent d’évoquer le travail des pros : couvreur, plombier, entrepreneur. J’aimerais ici initier une série de photo reportages où l’on rend hommage à ces gens et à leur travail. Lors de l’installation de cette cuisine, j’ai donc demandé l’autorisation de photographier le travail de Jean, menuisier de formation et installateur de cuisines équipées depuis plus de 10 ans.
Passée la surprise de quelqu'un qui s’intéresse à son travail et souhaite le prendre en photo, je lui explique qu’au delà d’être client j’ai aussi un site internet et que son équipement et son travail pourraient inspirer les lecteurs, voir susciter des vocations.
Voici donc ce que je suppose être une journée type de Jean, et une journée exceptionnelle pour le client.
Les préparatifs
Pour ceux qui suivent notre blog, nous rénovons une maison « à rafraichir » depuis plus de 6 mois. La cuisine était à l’origine au niveau zéro de l’équipement, mais il s’agissait d’une pièce saine, solide et carrée. De bonnes bases.
Le premier contact avec Jean fût donc dans cette « cuisine ». En effet quelques jours après la commande il est de tradition de vous envoyer quelqu'un pour mesurer et voir si vous ne vous êtes pas complètement gouré lors de l’établissement du plan chez votre vendeur. Chez Eggo on vous envoie le placeur lui-même, ce qui à mon sens est une excellente idée. Comme ca on revoit la même personne quelques mois plus tard, sans surprise.
Voyant l’état désastreux de la cuisine, j’ai bien vu dans son regard qu’il se demandait si j’allais vraiment être capable de remettre cette pièce en état dans les délais impartis. Son travail consistait ce jour à remplir une « checklist » assez étoffée comprenant la vérification de la faisabilité du plan commandé en magasin (dimensions), mais aussi des mesures de niveau et d’angles assez complexes.
Par exemple il mesure le coin de la pièce pour voir s’il fait 90° : chez moi, 89,90 ! Tout content, je commente «
chouette, c’est super çà » ! Réaction de Jean ; «
Oui et non, ça fait une déviation de [je ne sais plus combien] de centimètres pour 5 mètres linéaires donc pour votre plan de travail, ben ça devrait aller ». Moi qui trouvait 89,90° au lieu de 90° un chiffre formidable, on mesure la distance qui sépare le simple bricoleur de l’installateur qui fait ca toute la journée. J’avoue que ca m’a donné l’idée du reportage.
Passées toutes sortes de mesures, le bilan est évidemment désastreux ; même si la cuisine devrait rentrer « au chausse pied », le trou de la hotte n’est pas où il faut, les arrivées d’eau non plus, il faudra percer le meuble sous évier, il n’y a pas de courant pour la hotte, pour le lave vaisselle, pour le frigo, et pas d’eau pour le frigo. Mais bon, ça n’est pas une nouvelle pour moi. Son travail est à ce stade d’officialiser à la fois la faisabilité du plan décidé, mais aussi la situation existante et les modifications obligatoires. Chacun son travail finalement.
Deux mois plus tard
Comme ce n’est pas l’objet de cet article (je vous renvoie au blog) je vous passe les étapes de détapissage, électricité, déplacement des canalisations, peinture, carrelage. J’en ferais surement un article pour l’un ou l’autre

Disons qu’en bref on a sué et que le sol était rejointoyé l’avant-veille à minuit - je peux l'avouer maintenant, il y a prescription ! Car si je devais inventer des «
lois de la rénovation », ma Première Loi serait surement «
multipliez toujours vos estimations de durée par quatre » !
Ainsi donc sur un carrelage que je savais à peine sec, je fus livré de ma cuisine. La maison n’étant pas habitée (projet de Deuxième Loi de la Rénovation : «
N’habitez jamais dans votre chantier » ) les livreurs n’ont eu aucun problème pour tout déverser dans le salon.
Le lendemain donc, arrivée du monteur dans sa camionnette hyper discrète, genre "
Oyez ! Oyez ! On installe une nouvelle cuisine chez moi aujourd'hui"

Tout le quartier est donc au courant, s’il ne l’était pas encore, que dans cette maison ; ca rénove sec !
Moi je sors à peine de mon lit, Jean m’avait prévenu, il arrivera à 7h30. Je me dis qu'il sera sûrement là à huit heures. 7h29,
ding-dong! Je me fais un deuxième café pour essayer d’émerger, quant à lui il a déjeuné et il déballe son beau matos. Evidemment on se sent "petit bricoleur" à coté de l’expositition d'un tel équipement : bosch gamme "pro", aspirateur Karsher, scie plongeante Festool FS55, visseuse choc Festool, niveau électronique et valise de tournevis humiliante tellement elle à l'air rangée.
Et surtout une pèche d'enfer alors que les coqs ne sont pas encore levés. Faut vraiment que je me fasse un
troisième café.
Que je n'ai pas le temps de boire qu'il a déjà monté trois meubles dans mon dos. Ouf, je me suis pas gouré pour le déplacement de mes évacuations. D'ailleurs aucun commentaire sur mes travaux, je suis un peu triste après le mal que je me suis donné, j’aurais aimé des «
Waw et de Oooh » sur le fait que tout est là où cela doit être, peint, nickel chrome quoi. Mais bon, c’était ma part du marché.
Première "customisation" des meubles standards ; l'installateur me dit que ma taque induction, comme toutes les inductions, est dotée de ventilateurs (je l’apprend !) un peu comme un PC si on veut, et qu'il vaut mieux renforcer l'aération du grand meuble de 90 cm. Sitôt dit, il me customise le truc avec 8 coups de scie cloche. La taque va pouvoir respirer. Les trous sont tellement nickel qu’on dirait qu’ils sont d’origine sur la photo.
Je sais que c'est mesquin, mais quand on a du matos pareil tout parait simple. Un truc que je déteste c’est mettre des meubles à niveau. Alors mettre toute une cuisine à niveau, ca m’épate. Ainsi j'ai découvert avec stupeur qu'il existait cette
chose : un niveau électronique qui bipe d’une certaine façon quand c'est à niveau, bipe plus grave quand il faut pencher à droite, et plus aigu quand faut pencher à gauche. Ainsi on peut rester sous le meuble à ajuster les pieds.
La partie évier avance bien elle aussi, et le plan de travail est posé "pour du beurre" pour voir si tout est droit. Je n’ai pas besoin de vous dire que c’est droit, c’est carrément humiliant.
Notre ami Jean est ci-dessus en pleine action.

Je lui ai promis qu'il n'y aurait pas de photo de face, mais je tenais à celle-ci que je trouve représentative de son travail.
Un petit coucou à lui s'il me lit. On remarque par ailleurs le rénovateur flémard (moi

) qui s'est arrêté de peindre après le strict nécessaire. Je rassure également le lecteur : le plafond "vintage" a été refait depuis.
Les meubles hauts sont faits, là il met la hotte – une 90cm qui pèse 35Kg ! J’avais pris la peine pour mes propres rénovations de tester le mur au détecteur à métaux pour repérer les canalisations. J’ai en effet du disquer à plusieurs endroits dans les murs pour y placer par exemple l’électricité encastrée de la hotte. J’ai laissé les marquages au mur pour lui, autant ne pas refaire ce qui a été fait. Jean me signale que justement il souhaiterait l’obtention pour ses collègues de nouveaux détecteurs de métaux.
Le grand suspens
Voici maintenant ce qui pour moi fût le clou de cette installation. Le truc que sincèrement, même équipé de matos de compétition comme lui, je ne me risquerai pas à faire. La découpe des plans de travail.
Comme il faisait beau – et que j’allai de toute façon prendre des photos, l'installateur a découpé le plan de travail dehors avec mon accord. Moi je n'ai même pas de scie circulaire, et voilà que d’une boîte cubique grise et verte me sort le truc dernier cri : la festool TS55 dont on parle pas mal sur notre site. Matos de la société me précise t’il. En effet Jean est employé, n’est donc pas indépendant, et tout son matériel est – je suppose – identique pour tous les installateurs comme lui.
C’est pour ce genre de travail que ce métier ne pardonne pas l’erreur. Un problème lors de la découpe entraine un tas de tracas et des délais, et les gabarits de découpe de certains éléments (les éviers en particulier) sont à prendre avec des pincettes.
Happy end bien sûr : la taque et l'évier rentrent dans les trous

A ce stade, je pourrais vous montrer des belles photos de cuisine finie - mais je voulais consacrer l’article au
métier - et pas à la déco. Un métier à la fois
physique et méticuleux, dans le domaine de la finition, avec le plaisir de ressortir chaque fois de chez le client après avoir souvent donné la touche finale à sa maison. Ceux qui me suivent sur le forum savent à quel point je milite pour l'intérêt de ce genre de placement, qui à mon sens ne s'improvise pas. Même si posséder les bons outils fait une partie du travail, je trouve que l'expérience et l'insouciance que procure son intervention est à valoriser.